Système nerveux autonome et théorie polyvagale :
un axe majeur dans le mal de dos

Le mal de dos ne dépend pas uniquement des structures mécaniques (disques, vertèbres, muscles).
Le système nerveux autonome, et en particulier les concepts issus de la théorie polyvagale proposée par Stephen Porges, joue un rôle central dans la manière dont le corps perçoit, amplifie ou apaise la douleur.
– Rappels sur le système nerveux autonome

Le système nerveux autonome (SNA) régule les fonctions automatiques du corps : rythme cardiaque, respiration, digestion, tonus vasculaire, réponses au stress.
Il fonctionne en arrière‑plan, sans contrôle volontaire, et ajuste en permanence l’organisme en fonction de l’environnement.
Traditionnellement, on distingue deux grandes branches :
• Le système sympathique (réponse d’alerte, mobilisation, “fight or flight”)
• Le système parasympathique (repos, récupération, régulation, “rest and digest”)
La théorie polyvagale propose une lecture plus fine de ces réponses, en mettant au centre le nerf vague et différents états de sécurité ou de menace.
Le rôle du nerf vague

Selon la théorie polyvagale, le nerf vague ne se limite pas à une simple fonction parasympathique globale.
Il existe des voies vagales qui soutiennent des états distincts :
• Un état de sécurité et d’engagement social, où le corps est relativement détendu et connecté
• Des états de mobilisation (sympathiques), en réponse au danger ou au stress
• Des états de shutdown ou d’immobilisation extrême, lorsque le système perçoit une menace majeure ou une impossibilité de gérer la situation
Ces états s’accompagnent de modifications du tonus musculaire, de la respiration, du rythme cardiaque, de la perception et de la douleur.
Notion de “sécurité neuroceptionnelle”

La théorie polyvagale introduit la notion de “neuroception” :
la capacité du système nerveux à détecter (inconsciemment) la sécurité ou la menace.
Le corps ajuste alors automatiquement son état en fonction de cette lecture.
Concrètement, cela signifie que :
• un environnement perçu comme sécurisé favorise la détente, la régulation et une diminution de la douleur ;
• un environnement perçu comme menaçant ou imprévisible entretient des états de tension, d’alerte ou d’immobilisation, qui peuvent amplifier la douleur.
– Lien entre théorie polyvagale et douleur chronique
États d’alerte et amplification de la douleur

Lorsque le système nerveux autonome reste longtemps en état de mobilisation ou d’alerte (sympathique dominant), plusieurs phénomènes peuvent se produire :
• augmentation du tonus musculaire profond ;
• respiration plus haute, moins diaphragmatique ;
• diminution des capacités de récupération ;
• modulation de la perception de la douleur.
Dans ce contexte, le corps devient plus réactif aux stimuli douloureux.
Des tensions qui seraient tolérées en état de sécurité peuvent être vécues comme douloureuses en état d’alerte prolongée.
États d’immobilisation et douleur persistante
À l’autre extrême, certains états d’immobilisation ou de “shutdown” peuvent s’accompagner :
• d’un retrait comportemental ;
• d’une diminution de la mobilité globale ;
• d’une altération des signaux corporels.
Ces états peuvent favoriser la chronicité de la douleur en maintenant le corps dans un mode de protection et d’économie, sans véritable rétablissement des fonctions.
– Système nerveux autonome et mal de dos
Impact sur le tonus musculaire et les fascias

Au niveau du dos, les états du système nerveux autonome influencent :
• le tonus des muscles paravertébraux et profonds ;
• les tensions dans les fascias du tronc et du bassin ;
• la mobilité des articulations et la qualité du mouvement.
Un état de stress prolongé peut se traduire par :
• une hypertonie musculaire diffuse ;
• une sensation de dos “dur”, “tendu” ou “prêt à se bloquer” ;
• des douleurs qui augmentent en fin de journée ou lors de périodes de forte charge mentale.
À l’inverse, des états de détente et de sécurité favorisent :
• un tonus plus modulé ;
• un meilleur glissement des tissus ;
• une meilleure perception des limites et des signaux corporels.
Respiration, diaphragme et régulation autonome

La respiration diaphragmatique est un lien direct entre le système nerveux autonome et la colonne vertébrale.
Un diaphragme peu mobile, une respiration haute ou rapide peuvent :
• entretenir un état d’alerte ou de mobilisation ;
• modifier la posture ;
• participer aux tensions dans la région lombaire et dorsale.
À l’inverse, un travail respiratoire centré sur le diaphragme, la régularité du cycle et la perception, peut soutenir :
• la régulation parasympathique ;
• la diminution du tonus excessif ;
• une meilleure adaptation des fascias et des muscles du dos.
– Prise en charge du mal de dos:
intégrer le système nerveux autonome
Au‑delà de la dimension mécanique
Une approche du mal de dos uniquement centrée sur l’élément mécanique (muscle, disque, vertèbre) risque de négliger l’impact du système nerveux autonome sur la douleur.
Intégrer les concepts de la théorie polyvagale dans la prise en charge permet de :
• mieux comprendre pourquoi certaines douleurs persistent malgré des examens rassurants ;
• identifier le rôle des états de stress, de tension et de sécurité ;
• adapter les interventions en fonction du profil neurophysiologique de la personne.
Axes de travail autour du système nerveux autonome
Dans une démarche globale, plusieurs axes peuvent être envisagés :
• Travail respiratoire centré sur le diaphragme, en lien avec la régulation vagale
• Exercices de perception des sensations, pour affiner la lecture corporelle sans dramatisation
• Mise en place de routines de sécurité (postures, rythmes, environnement), pour soutenir un état de base plus stable
• Approche du mouvement qui respecte les limites du système et évite la surstimulation
Ces éléments complètent le travail sur les tissus (fascias, muscles) et la dimension biomécanique.
Mal de dos, théorie polyvagale et programme de thérapie
Pour une personne souffrant de mal de dos, ces notions se traduisent par un changement de perspective :
• le dos n’est pas uniquement “structurel” ;
• la douleur reflète aussi l’état du système nerveux autonome et la manière dont le corps perçoit la sécurité ou la menace ;
• la régulation de ce système est un volet à part entière de la thérapie.
“MaRééduc’DOS” Un programme de thérapie du dos qui intègre :
• la régulation du système nerveux autonome,
• le travail respiratoire,
• les émotions,
• les sensations corporelles,
s’inscrit dans cette logique et répond à la complexité des douleurs de dos chroniques.
Christine GRASS
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